




Diaspora mauritanienne : à Nouakchott, le défi sera la mise en œuvre des décisions et recommandations du Forum
Le premier Forum de la diaspora mauritanienne se tiendra les 29, 30 et 31 octobre 2026 à Nouakchott, sous le haut patronage du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. La rencontre doit clarifier la place des Mauritaniens de l’étranger dans les politiques publiques, l’investissement et le transfert de compétences. Le vrai test viendra après la clôture : la mise en œuvre des engagements.
Un forum attendu, des objectifs encore à clarifier
Trois jours durant, des Mauritaniens venus de plusieurs pays et de secteurs variés se retrouveront à Nouakchott pour parler des relations entre l’État et sa diaspora.
Les thèmes annoncés ratissent large : protection sociale et juridique, investissement, transfert de compétences, transmission culturelle, participation des jeunes, rôle des femmes, prise en compte des nouvelles générations.
Le gouvernement a associé le Collectif des cadres mauritaniens expatriés (CCME) à la conception, à l’organisation et au suivi, avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le collectif a pris part aux consultations menées auprès d’associations, de réseaux professionnels, d’universitaires, de scientifiques, d’entrepreneurs, de femmes, de jeunes et d’étudiants.
Présent dans 22 pays sur quatre continents, le CCME couvre une bonne part des profils de la diaspora. Cette implantation lui donne une capacité de mobilisation, mais aussi une responsabilité : faire remonter des attentes concrètes et aider à les transformer en propositions applicables.
Un réseau déjà actif
Né en 2006 comme cadre informel de réflexion et d’échanges, le CCME est devenu en 2016 une association de droit mauritanien avec son siège à Nouakchott.
Depuis, le collectif a bâti un réseau de cadres mauritaniens établis à l’étranger et participé à des débats sur les politiques publiques, la santé, l’éducation, l’environnement, l’emploi et le développement local.
Plusieurs de ses membres du collectif ont accompli des parcours remarquables et se sont distingués par l’exercice de hautes responsabilités au sein de l’Etat, notamment dans les ministères de l’Economie et des Finances, de l’Education nationale, de l’Energie et du pétrole, ainsi qu’au Secrétariat du gouvernement.
D’autres ont occupé des fonctions importantes au sein d’institutions et d’entreprises majeures comme la Banque centrale de Mauritanie (BCM) ou SNIM.
A l’international des membres du collectif se sont également illustrés au sein d’institutions prestigieuses telles que l’ONU, la Banque mondiale et le FMI, ainsi que de grandes universités et d’importants groupes miniers et financiers.
Le collectif a également participé à la mobilisation autour de la candidature de Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement.
Ces parcours montrent que des compétences mauritaniennes sont présentes dans les administrations, les institutions internationales, les universités et les entreprises. Ils ne font pas, à eux seuls, une politique de la diaspora. Reste à savoir comment transformer ces trajectoires individuelles en dispositifs réguliers au service du pays.
Des contributions sur des dossiers nationaux
Le CCME a produit et diffusé des contributions sur plusieurs dossiers : inondations à Nouakchott, érosion côtière, changements climatiques, esclavage et séquelles sociales, couverture sanitaire universelle, unité nationale, environnement, développement inclusif, gestion de l’eau, prévention des inondations dans le bassin du fleuve Sénégal, formation et emploi des jeunes.
Le collectif a aussi organisé des conférences et des webinaires avec des ministres, des maires, des universitaires et des experts.
En 2023, il a consacré un webinaire à la réforme du système éducatif. Des travaux sont en cours sur les questions financières et sur les effets de l’intelligence artificielle sur l’emploi en Mauritanie.
Ces activités reposent sur une idée large de la contribution de la diaspora. Celle-ci ne se limite pas aux transferts d’argent. Elle peut aussi apporter des compétences, des réseaux professionnels, des méthodes de travail, une capacité d’expertise et la connaissance d’autres systèmes institutionnels.
Santé et action sociale : des actions concrètes
Le CCME a participé à plusieurs initiatives sociales et humanitaires, notamment dans la prévention d’Ebola, l’aide aux populations sinistrées à Boghé et à Kiffa et la mobilisation de professionnels de santé.
Pendant la pandémie de Covid-19, le collectif a accompagné le ministère de la Santé en fournissant des médicaments et des consommables de réanimation, en mobilisant des experts établis à l’étranger et en organisant des formations pour les équipes médicales.
Ces actions montrent l’intérêt d’un réseau capable de mettre rapidement en relation les institutions nationales avec des professionnels installés hors du pays. Elles posent aussi une question de fond : comment passer de réponses ponctuelles à des partenariats structurés, avec des objectifs, des moyens et un mécanisme d’évaluation ?
La chirurgie cardio-pédiatrique, un test de continuité
La coopération autour de la chirurgie cardio-pédiatrique en offre un autre exemple. Une équipe issue de plusieurs établissements hospitaliers français, conduite par le professeur Mohamedou Ly, a effectué une première mission à Nouakchott. Une douzaine d’enfants atteints de maladies cardiaques ont été opérés à l’hôpital Cheikh Zayed. Une deuxième mission est prévue en janvier 2027.
Le bilan ne devra pas se limiter au nombre d’interventions. Il devra aussi prendre en compte la formation des équipes, l’organisation des services, la maintenance des équipements, la consolidation des compétences locales et la continuité du partenariat.
C’est sur ce type de critères que pourra se mesurer la capacité de la diaspora à contribuer durablement au système de santé mauritanien.
L’école de Rosso : un projet réalisé, difficile à généraliser
En 2014, le CCME a mobilisé 53 millions d’anciennes ouguiyas pour restaurer l’une des plus anciennes écoles primaires de Rosso. L’établissement a été inauguré en novembre de la même année, en présence du ministre de l’Éducation nationale et des autorités locales.
Ce projet reste l’un des exemples les plus concrets de l’action du collectif : une collecte identifiée, un chantier mené à bien et un équipement remis en service.
Il montre aussi une limite des mobilisations fondées sur des initiatives ponctuelles. Pour changer d’échelle, la diaspora aura besoin de procédures claires, d’interlocuteurs identifiés, de règles de transparence et d’un suivi public des projets financés ou accompagnés.
Les attentes du forum : des réponses pratiques
Le Forum de la diaspora devra examiner plusieurs questions concrètes. Il s’agira notamment de savoir comment faciliter les démarches administratives et juridiques des Mauritaniens établis à l’étranger, comment sécuriser et accompagner leurs investissements et comment organiser le transfert de compétences vers les administrations, les entreprises, les universités et les hôpitaux.
La participation des femmes, des jeunes et des nouvelles générations sera également un enjeu important. Les dispositifs conçus pour la diaspora ne pourront être efficaces s’ils ne tiennent compte ni de la diversité des parcours ni des différences entre les générations installées à l’étranger.
Le forum devra aussi clarifier la place des associations, des réseaux professionnels et des initiatives individuelles dans la future politique publique de la diaspora.
La création d’un cadre permanent, avec un mandat précis, des responsabilités identifiées et des objectifs évaluables, pourrait être l’une des principales suites de la rencontre.
Le suivi : le véritable indicateur de réussite
Le forum ne manquera probablement pas de déclarations et de propositions. Sa crédibilité dépendra de la qualité de son suivi.
Plusieurs éléments permettront d’en mesurer les résultats : l’existence d’une feuille de route, la désignation de responsables, la fixation d’un calendrier, la publication d’un bilan périodique et la mise en place d’indicateurs pour vérifier les progrès.
Les engagements devront aussi être hiérarchisés. Toutes les questions ne pourront pas être réglées en même temps. Il faudra distinguer les mesures immédiatement applicables, les réformes nécessitant une décision administrative ou législative et les projets demandant des financements ou des partenariats spécifiques.
Sans ce travail de priorisation, le forum risque d’accoucher d’un catalogue d’attentes difficile à mettre en œuvre. Avec des objectifs limités mais mesurables, il pourrait au contraire servir de base à une politique nationale de la diaspora.
Une ressource à organiser
Les Mauritaniens établis à l’étranger travaillent dans des universités, des centres de recherche, des entreprises, des administrations et des institutions internationales. Leur présence dans ces secteurs est un atout, mais cet atout ne produit des résultats que s’il existe des canaux de coopération réguliers.
Le forum de Nouakchott peut poser ces bases. Il peut aussi faire apparaître les désaccords, les attentes non satisfaites et les obstacles administratifs qui limitent encore l’implication de la diaspora.
Les autorités ont créé le cadre de la rencontre et associé le CCME à sa préparation, avec le soutien de l’OIM. Le prochain enjeu sera de déterminer qui portera les décisions, comment elles seront financées et selon quelles modalités elles seront évaluées.
Pour le CCME, l’objectif est de faire reconnaître les Mauritaniens de l’extérieur comme des acteurs du développement national, et non comme de simples contributeurs financiers.
À Nouakchott, le forum sera une étape importante. Mais le vrai rendez-vous commencera à partir du 1er novembre 2026, lorsque les engagements devront devenir des décisions, puis des résultats.
Par Amadou BA
Secrétariat exécutif chargé de la communication
Collectif des cadres mauritaniens expatriés (CCME)
